LE CRIME FARPAITRéalisateur : Alex De La IglesiaAnnée : 2005Nationalité : Espagnole, française et italienneGenre : Comedie noireDurée : 1H44 Acteurs Principaux : Guillermo Toledo, Monica Cervera, Luis Varela, etc... Note : 4/5

LE CRIME FARPAITRéalisateur :  Alex De La IglesiaAnnée : 2005Nationalité : Espagnole, française et italienneGenre : Comedie noireDurée : 1H44 Acteurs Principaux : Guillermo Toledo, Monica Cervera, Luis Varela, etc... Note : 4/5
EXTRAIT A VENIR

Raphael est un être imbu de sa personne. Ambitieux et arrogant il travaille dans un grand magasin d' habillement où il connaît un certain succès auprès des femmes qu' il dirige d' ailleurs au rayon des vêtements féminins. Il brigue depuis un certain temps le poste de chef d' exploitation du magasin. Au même titre d' ailleurs que son éternel concurrent, Don Antonio, qui lui s' occupe du rayon masculin. Homosexuel avéré et affublé d' une perruque grotesque ce dernier espère lui aussi passer de son statut de chef de rayon à celui de chef d' exploitation ce qui lui permettrait d' avoir tout l' étage sous ses ordres et donc d' avoir le dessus sur Raphael.Une "frontière" sépare les rayons hommes et femmes. Un long tapis rouge qui marque la séparation entre les deux rivaux. Mais aujourd'hui tout va changer. En effet, l' un des deux hommes va pouvoir atteindre son but. Mais pour cela chacun va devoir prouver qu' il est le plus compétent dans son domaine et va devoir faire le meilleur chiffre d' affaire du mois. Il ne reste plus qu 'une seule journée et les deux hommes se talonnent de près.Alors que le chiffre d' affaire de Raphael est légèrement en deçà de celui de Don Antonio il repère une proie dans la foule des clientes de son rayon. Beau parleur il va tenter de la convaincre de se payer un manteau de fourrure à douze milles euros et y parviendra. En fin de journée Don Antonio devra se résoudre à reconnaître qu' il a été battu sur le fil par Raphael. Mais le lendemain matin, tout sourire, ce dernier constatera qu' en fait Don Antonio a été promu à sa place et apprendra que le chèque rempli la veille par la cliente qui s'est offert le manteau de fourrure était en bois.

Dès lors ses ambitions sont revues à la baisse et il se retrouve à devoir gérer le rayon "grandes tailles". Il revoit même la cliente responsable de son échec et devant témoins la "bouscule" avant d' être attiré à l' écart vers la pièce des cabines d' essayage par le nouveau chef d' exploitation qui se fait un plaisir de lui annoncer qu' il est renvoyé. Les deux hommes en viennent aux main et par accident Don Antonio est tué dans l' une des cabines. Raphael constate très vite qu' un témoin a assisté à toute la scène dans la cabine d' à coté avant de prendre la fuite.Après avoir nettoyé la pièce de toute traces suspectes et après l' avoir fermée, le cadavre se trouvant toujours enfermé à l' intérieur, Raphael part à la recherche du témoin dont il n' a aperçu qu' une paire de chaussures blanches surmontées d' une paire de chaussettes noires. Après avoir cru reconnaître le témoin en la personne d' une cliente portant la même paire de chaussures que celle vue plus tôt, il réalise son erreur avant de tomber sur une enveloppe mauve à son nom enfermant une lettre l' invitant à se rendre à la cafétéria. Il tombe alors nez à nez avec Lourdes, l' une des employées les plus disgracieuses du magasin qui lui révèle qu' elle a assisté à la dispute et au meurtre du nouveau chef d' exploitation. Visiblement amoureuse de Raphael elle promet de garder le secret sur ce qui s' est passé mais très vite le meurtrier involontaire doit faire face à d' innombrables exigences de la part de Lourdes qui révèle alors une personnalité bien plus complexe qu' il n' y paraissait au premier abord...

"Le Jour De La Bête", "Mes Chers Voisins" et "Le Crime Farpait". Autant de petits films sans prétentions qui en sont de grands en réalité. Trois exemples de ce dont est capable le cinéma espagnol en général et Alex De La Iglesia en particulier. Trois histoires qui n' ont aucuns rapport entre elles mais qui emportent leurs lots de personnages pittoresques dans des aventures rocambolesques dont on ne sort jamais indemnes. Ceux du "Crime Farpait" baignent dans un cadre plutôt quelconque, celui d' un grand magasin qui devient le théâtre d' un meurtre tout d' abord avant d' être celui d' une prison dans laquelle se retrouve enfermé Raphael. UNe prison physique qui prends l' apparence d' une jeune femme très laide qui profite de l' occasion qui lui est donnée pour exercer un chantage sur "Raphael le meurtrier" en le forçant à coucher régulièrement avec elle. Elle va même jusqu' à le présenter à ses parents et l' on craint alors le pire sur la suite des événements. La pression exercée est aussi d' ordre moral puisque Raphael n' est plus maître ni de ses émotions ni de sa volonté puisque Lourdes veille sur chacun de ses faits et gestes, allant jusqu' à le menacer de se rendre à la police s' il n' exécute pas tout ce qu' elle lui ordonne de faire. Cette dernière s' amuse à faire renvoyer les vendeuses à la plastique parfaite du rayon féminin par Raphael finalement promu chef d' exploitation pour les faire remplacer par d' aussi laides vendeuses que Lourdes. La seule solution pour Raphael d' espérer se débarrasser de Lourdes est de la tuer.C' est à ce moment très précis que le film change radicalement de vitesse. Comme toujours chez Iglesia, le tempo s' accélère au même rythme que la musique et ses personnages se trouvent emportés dans un séisme duquel pas même les décors n' échappent, se consumant eux-mêmes dans un feu salvateur. Toujours avec un brin de cynisme Iglesia plonge ses protagonistes en plein enfer ou chaque élément du décor devient un piège, où chaque flamme devient un rempart infranchissable mais n' est rien en comparaison de cette jeune femme qu' est Lourdes et qui fait honneur à la laideur en la vengeant de tous ces hommes qu' elle rebute. Il est jouissif de voir cet homme trop sûr de lui être confronté à une femme qui se revele machiavelique dans sa façon d'aborder leur relation. Le feminisme l' emporte au materialisme, la "laideur" elle l' emporte au paraître. La morale pourtant n'est pas vraiment sauve puisque Lourdes ne gardera de cette étrange aventure aucune humilité et seul Raphael semblera relativer en mettant de coté son effroyable materialisme pour aller droit à l'essentiel.

Un véritable petit bijou d' humour noir.



A
Alien, le huitième passager
Apocalypto
B
Bad Lieutenant
Barton Fink
Bienvenue dans l'âge ingrât
Blue Velvet
Buffalo '66
Buffet Froid
Burnt Offerings
C
Calmos
Camp 731
Chamanka
Clean, shaven
Combat Shock
Coup De Tête
Crash
Dawn Of The Dead
D
Delicatessen
Desperate Living
Donnie Darko
E
El Topo
Entre ses mains
Eraserhead
F

Faux-Semblant
Freaks, La Monstrueuse Parade
Frontière(s)
G
H
Happiness
Henry, portrait d'un tueur en série
I
Ichi the Killer
Irreversible
J
Jeux d'enfants
K
Killing Zoe
L
L'armée des douze singes
L'homme des hautes plaines
L'invasion des profanateurs de sépultures
La Cérémonie
La colline a des yeux
La Comunidad
La Pianiste
La Vie De David Gale
Leaving Las Vegas
Le festin Nu
Le Locataire
Les Fils De L'Homme
Les Proies - Un Frisson Dans La Nuit
Le Vampire De Düsseldorf
Le Vélo de Ghislain Lambert
M
Maniac
Massacre à la tronçonneuse
M Le Maudit
N
Night Of The Living Dead
Nosferatu
O
Old Boy
Orange Mécanique
P
Phantom Of The Paradise
Possession
Predator
Q
R
Répulsion
S
Santa Sangre
Schizophrenia
Série Noire
Shine
Shock Corridor
Singapore Sling
Stalker
Storytelling
Sur La route De Madison
T
Tesis
The Changeling
The Fountain
The Machinist
The thing
U
Un Air De Famille
Un Mauvais Fils
V
Visitor Q
W
X
Y
Z
# Posté le mardi 03 juin 2008 14:22
Modifié le dimanche 15 juin 2008 10:37

M LE MAUDIT & LE VAMPIRE DE DÜSSELDORFRéalisateur : FRITZ LANG & ROBERT HOSSEINAnnée : 1931 & 1965Nationalité : Allemande, espagnole, française et italienneGenre : DramesDurée : 1H45 & 1H29Acteurs Principaux : Peter Lorre, Robert Hossein, Marie-France Pisier, etc... Note : 3/5 & 3/5

M LE MAUDIT & LE VAMPIRE DE DÜSSELDORFRéalisateur :  FRITZ LANG & ROBERT HOSSEINAnnée : 1931 & 1965Nationalité : Allemande, espagnole, française et italienneGenre : DramesDurée : 1H45 & 1H29Acteurs Principaux : Peter Lorre, Robert Hossein, Marie-France Pisier, etc... Note : 3/5 & 3/5
Deux films consacrés à Peter Kürten qui fut nommé "le vampire de Düsseldorf" en raison de son goût pour le sang de ses victimes qu' il buvait en leur entaillant la gorge avant de remplir un verre du précieux breuvage et ainsi de s' en délecter. Voleur, violeur, pyromane et assassin donc, il tua de nombreuses personnes avec une prédisposition pour les jeunes enfants. Cela ne l' empêcha pas de s'en prendre à des hommes et des femmes ainsi qu' à des personnes âgées. Il étranglait, assommait à coups de marteaux, poignardait ses nombreuses victimes et la diversité des armes employées poussa la police de Düsseldorf à croire que plusieurs assassins étaient en activité...

Le film de Fritz Lang "M Le Maudit" s' attache avec brio à reconstituer la vie des habitants d' une époque révolue. Avec aisance puisqu' il tourna son film peu de temps après l' exécution de Peter Kürten, le véritable assassin. Son tueur (ici nommé Hans Beckert et interprété par l' excellent Peter Lorre) rôde le soir à la recherche de jeunes victimes (Lang faisant l' impasse sur les adultes et les vieillards) alors que la police qui espère toujours le prendre dans ses filets patauge continuellement, suspectant toujours des innocents. La population s' énerve, les esprits s' échauffent et le moindre comportement suspect de la part d' un homme croisé dans la rue en compagnie d' une jeune fille pousse la foule à le lyncher sur la place public, certaine de mettre enfin la main sur le véritable meurtrier.La police s' épuise à rester éveillée jour et nuit dans l' espoir de mettre un terme aux agissements de Beckert mais sans succès. Elle s' acharne tant et si bien que la pègre se retrouve victime des contrôles incessant dont la police fait preuve afin de trouver l' assassin et se retrouve par la même dans l' impossibilité de "travailler" correctement. Au point que celle-ci décide elle-même de poursuivre ses propres investigations pour trouver le tueur d' enfants allant jusqu' à faire appel au réseau de mendiants de la ville afin d' avoir un maximum de renseignements sur les mouvements suspects ayant lieu en ville.Finalement c' est grâce à l' un de ces derniers que Beckert sera reconnu. Il sera alors arrêté, non pas par la police mais par la pègre qui l' emmènera jusque dans un entrepôt à l' intérieur duquel le tueur devra répondre de ses actes. Alors que l' on pense son sort scellé, c' est l' arrivée de la police au moment propice qui va le sauver...

Le film de Robert Hossein se déroule lui dans un contexte historique réel dans lequel Hitler qui est alors à la tête des partis nationalistes, cherche le chemin du pouvoir. Le peuple au chômage quand à lui erre dans le seul but de trouver un peu de nourriture et de travail. Robert Hossein nous présente un Peter Kürten beaucoup moins discret que celui de Lang. Beaucoup plus séduisant surtout.La ville où il sévit et les meurtres barbares auxquels il s' adonne lui donnent le surnom de "vampire de Düsseldorf". Interprété par Robert Hossein lui-même, Kürten se présente comme un petit homme frêle et peu sûr de lui. Il est le jour un homme insignifiant, ouvrier se ventant d' être au chômage alors qu' il n' en est rien. Pendant que les hommes manifestent dehors, lui traîne dans les rues et passe son temps à regarder les femmes. Étriqué dans un costume qu' il ne quitte jamais, il est la nuit un tout autre homme. Amoureux fou d' une jeune femme travaillant dans un cabaret et prénommée Anna, il se rend chaque soir au spectacle qu' elle donne, s' asseyant toujours à la même table. Il essaie tant bien que mal de l' inviter à boire un verre mais la jeune femme est coriace et comme elle sait pouvoir manipuler les hommes grâce à ses charmes, elle n' hésite pas à le faire à sa guise. Alors qu' un jour Kürten est refoulé par la jeune femme qui semblait au premier abord accepter son invitation, cette dernière semble séduite par la manière de réagir de l' homme et va peu à peu et volontairement le laisser gagner du terrain.
Mais Kürten est avant tout un prédateur. Un tueur sans pitié qui ne parvient pas à refouler ses pulsions meurtrières. Autant peut-on le voir sourire, usant ainsi de son charme pour prendre dans ses filets de jeunes femmes naïves qu' il rencontre dans les bars le soir, autant le moment venu de tuer, il semble porter le masque de la mort. Un masque qui fait froid dans le dos et qui montre la détermination du personnage. A l' aise il peut ainsi se montrer d' une parfaite élégance alors que dans d' autres occasions il est maladroit, longe les murs et marche d' une manière presque grotesque mais finalement touchante...
Tout semble à présent se passer merveilleusement bien entre Anna et lui. La jeune femme semble elle aussi amoureuse et l' on pense que peut-être les pulsions du jeune homme prendront fin. Mais hélas, Anna tombe un matin sur une lettre écrite par Peter et qui et qu' il a adressée à la police. Une lettre du vampire...

Alors que le film de Fritz Lang est très noir et surtout beaucoup plus expressionniste, celui de Robert Hossein est plus poétique malgré le sujet abordé. Son personnage est lui aussi plus attachant. Il faut dire qu' il est beaucoup plus présent à l' image alors que le tueur de Lang lui n' apparaît vraiment que dans la seconde partie du film. Son visage rond aux yeux globuleux beaucoup moins avenant ne joue pas non plus en sa faveur. Les deux assassins pourtant laissent un sentiment étrange. Plus que leurs meurtres odieux c' est leur personnalité qui marque les conscience. Le tueur de Fritz Lang, alors que son grotesque procès se joue, devient misérable, inoffensif, enfantin. Celui de Robert Hossein n' est qu' un pantin qui ne fait aucune différence entre le bien et le mal. Et c' est peut-être cette ignorance, sa façon de déambuler dans les rues et ses gestes timides et imprécis qui le rendent si touchant. La musique joue un rôle très important et participe grandement à l' atmosphère envoûtante du film. Dans "M Le Maudit", on retiendra surtout le petit air sifflé qui suit le tueur dans sa quête mortelle et qui le fera tomber entre les mains de la justice.


Marie-France Pisier est superbe et méconnaissable dans le rôle d' Anna, Robert Hossein assure un rôle qui lui colle à la peau quand à Peter Lorre dans "M Le Maudit", il est d' avance condamné en raison d' un physique peu avenant.
Deux très bons films sur un même sujet, abordés de manière différente.




# Posté le jeudi 29 mai 2008 15:25
Modifié le mardi 03 juin 2008 14:37

LES PROIES & UN FRISSON DANS LA NUITRéalisateur : Don Siegel & Clint EastwoodAnnée : 1971 & 1972Nationalité : AméricaineGenre : DramesDurée : 1H45 & 1H42Acteurs Principaux : Clint Eastwood, Geraldine Page, Elizabeth Hartman, Jessica Walter, etc... Note : 3/5 & 3/5

LES PROIES & UN FRISSON DANS LA NUITRéalisateur :  Don Siegel & Clint EastwoodAnnée : 1971 & 1972Nationalité : AméricaineGenre : DramesDurée : 1H45 & 1H42Acteurs Principaux : Clint Eastwood, Geraldine Page, Elizabeth Hartman, Jessica Walter, etc... Note : 3/5 & 3/5
On imagine toujours Clint Eastwood camper des rôles de (super)héros dur à cuire, un rien xénophobe selon certains qui n' y comprennent rien (Dirty Harry), parfois antipathique et au final sortant toujours vainqueur des situations dans lesquelles il plonge. Qu' il soit flic, cow-boy ou bien encore le personnage d' une bien jolie romance il est indéniable que ce formidable acteur traîne toujours derrière lui un charisme à toutes épreuves. Alors lorsqu' il change de registre pour jouer des personnages peu communs avec l' aura qu' il dégage habituellement on peut honnêtement se demander s' il saura être crédible. "Les proies" et "Un frisson dans la nuit" sont deux exemples types de contre-emplois pour cet acteur habitué à tenir les rennes. Loin de ses rôles de macho (quoi qu'en y réfléchissant bien, c' est à cause de ce fichu défaut qu' il va connaître de nombreuses turpitudes dans ces deux oeuvres), il va subir de la part du sexe opposé pas mal de désagréments, faisant ainsi de lui un pantin aux prises avec la furie se cachant derrière d' angéliques visages. Car qui croirait que derrière la douceur de ces demoiselles vivant dans un pensionnat de jeunes filles (" Les proies") dans lequel il va se retrouver, son personnage de soldat blessé à la jambe en pleine guerre de sécession pourrait porter le lourd fardeau de victime et non pas celui, plus complaisant, de bourreau? Le film a l' intelligence de le faire passer pour un être odieux, totalement immoral et donc parfaitement condamnable dans ses faits et gestes vis à vis de jeunes filles qu' il manipule à sa guise en leur mentant sur un devenir qu 'il leur promet réjouissant. Après un début somme toute plutôt classique, on comprends que l' histoire va bientôt sortir des sentiers battus ne serait-ce que dans le comportement ambigu de la directrice de l' établissement à travers ces rêves morbides dans lesquels on la voit faire l' amour avec son propre frère. Mais aussi par la peur qu' engendre ce soldat yankie qui pourtant est l' objet de toutes les convoitises parmi certaines des jeunes fille du pensionnat. John McBurney (Clint Eastwood) profitera d' ailleurs de ce soudain intérêt pour manipuler à sa guise les plus "malléables". Et c' est ce jeu dangereux auquel il s' adonnera qui le mènera à sa perte. D' un paradis pour l' homme, Don Siegel, le réalisateur des "Proies", en fait un enfer duquel le personnage interprété par Eastwood aura bien du mal à s' extraire. Mais se sentir enfermé n' est pas
nécessairement lié à une unité de lieu.

Si dans "Les proies" le personnage campé par Eastwood se retrouve tout d' abord happé par un orphelinat dont aucun repère ne vient expliquer la situation géographique et par là-même fait de cette bâtisse un personnage à part entière, première cause du sentiment de malaise général que dégage le film, Dave Garland, le personnage qu' il interprète dans "Un frisson dans la nuit" ne se retrouve pas prisonnier entre quatre murs mais entre les crochets d' une femme au comportement amoureux obsessionnel. Comme dans le precedent film il joue le rôle d'un macho moins antipathique qu' il n'y parait mais tout de même, on pourra lui reprocher son odieux comportement envers la jeune Evelyn Draper (campée par Jessica Walter) sans toutefois excuser ce qui viendra par la suite mettre le desordre dans son existence de celibataire. Ici l' homme est en terrain conquis. Les lieux où va bientôt se derouler le drame sont ceux qu'il connait, entre la villa où il vit, l'ancienne petite amie qu'il retrouve, le bar où il traine le soir après son service, la station de radio dans laquelle il travaille comme disc-jockey et où tous les soirs une auditrice lui demande de passer la chanson "Misty" pour elle, il n'a pas de raison de se sentir mal à l'aise. Nous non plus d' ailleurs. Du moins pendant un temps car très vite on soupçonne chez la jeune "admiratrice" un comportement étrange. Un peu trop collante pour être honnete à vrai dire. Surtout depuis que Dave a eu la mauvaise idée de coucher avec elle sans pourtant jamais rien lui promettre par la suite. Aussi puissament névrosée que Glen Close dans "Liaison Fatale". Il suffira à Dave de s'en debarrasser pour retrouver la paix. Du moins au tout debut car Evelyn possède des ressources insoupçonnées. Comme cette ingenieuse idée de s' ouvrir les veines alors qu'elle se trouve dans la salle de bain de l'animateur radio. Une façon de le prendre en otage (ne lui dit-elle pas qu'il serait dommage de trouver une femme morte dans la maison d'un disc-jockey à la réputation grandissante?), de le responsabiliser, surtout lorsque le medecin appelé en urgence lui conseille de la surveiller, d'en prendre soin. Dave n' en croit pas ses yeux et regrette sans doute la premiere nuit passée avec une Evelyn de plus en plus nerveuse et totalement obnubilée par le jeune homme. Ce dernier qui vient de retrouver son ex petite amie met d' ailleurs en peril leurs retrouvailles. Et pas seulement d'ailleurs. C'est aussi la vie de Tobie Williams (l'ancienne petite amie campée par Donna Mills) qu' il risque de perdre.

Au choix on peut soit choisir entre happy end et fin tragique. Decider de subir les assauts d' un regiment de femelles en manque de mâles ou bien ceux d' une seule de cette gente mais aussi virulente qu' un troupeau d' affamées sur le point de commettre l' irreparable. Ce dont on peut être certains c' est qu' Eastwood ne sortira pas indemne de ces deux aventures et même connaitra le pire des sorts dans l' une d' elles en allant manger les pissenlits par la racine.

Si "Un Frisson Dans La Nuit" reste un très bon divertissement pour les hommes virils et les feministes qui depuis toujours revent de voir le macho Eastwood être malmené, "Les Proies",lui, distille une atmosphere nauseabonde et presque monotone qui ne plaira sans doute pas à tout le monde.
# Posté le mardi 20 mai 2008 14:41
Modifié le dimanche 01 juin 2008 14:23

STALKERRéalisateur : ANDREÏ TARKOVSKIAnnée : 1979Nationalité : RusseGenre : Science-fiction, "Conte philosophique, voyage initiatique (???)"Durée : 2H43Acteurs Principaux : Alexandr Kajdanovski, Anatoli Solonitsyn, Eduard Artemyev, etc... Note : 5/5

STALKERRéalisateur :  ANDREÏ TARKOVSKIAnnée : 1979Nationalité : RusseGenre : Science-fiction, "Conte philosophique, voyage initiatique (???)"Durée : 2H43Acteurs Principaux : Alexandr Kajdanovski, Anatoli Solonitsyn, Eduard Artemyev, etc... Note : 5/5
Suivre les péripéties de personnages façonnés par Andreï Tarkovski pourra sans doute paraître futile aux yeux d' un certain nombre d' entre nous car il faut bien l' admettre, son cinéma est amorphe, somnambule, presque épuisant dans son traitement. Tarkovski prends son temps lorsqu' il s' agit de raconter ses histoires comme celle de cette zone, au coeur de la Russie et dont la légende raconte qu' elle possède un lieu, la chambre, où les souhaits et les désirs peuvent être exaucés à ceux qui y mettent les pieds. Un lieu dangereux formellement interdit et protégé par la police que personne ne connaît vraiment et dont les origines restent assez floues. On croit savoir qu' une météorite s' est écrasée ou bien encore que son existence est liée à la venue d' extra-terrestres mais qu' en est-il réellement? Pour le découvrir, Un écrivain, accompagné d' un physicien, va faire appel à un Stalker, l' un de ces hommes, les seuls, capable de les mener sur le chemin qui mène à la zone.

Alors que les trois hommes pénètrent la zone proche de "la chambre" et que le stalker semble s' inquiéter du comportement trop empressé du physicien et de l' écrivain, il leur révèle que l' endroit est truffé de pièges. Que ceux-ci peuvent prendre d' innombrables formes, qu' il sont tous mortels. Il leur explique qu' un passage auparavant aisé peut devenir un chemin impraticable. Il donne à ses suiveurs l' impression que la zone vit, qu' elle a ses caprices. D' autres avant eux s' y sont essayé et certains ont périt au seuil même de la chambre. Le pire est que la morphologie des lieux et des pièges qu' ils recèlent semble être régie en fonction de l' état psychologique de ceux qui pénètrent la zone. Le stalker éprouve de plus en plus de difficultés à gérer la situation alors que l' écrivain, lui, se pose des questions sur la réelle utilité d' écrire pendant que le physicien revient sur les raisons qui poussent le stalker à mener des étrangers sur le chemin de la zone. Alors que les trois hommes se trouvent enfin au seuil de la chambre, chacun vocifère à sa façon le mal-être qui semble l' étreindre. Le physicien révèle son vrai visage, armé d' une bombe, il affirme vouloir faire disparaître la chambre avant qu' elle ne tombe entre les mains de personnes mal intentionnées. En réalité celui-ci n' a comme désir que celui d' une vengeance visant l' homme, un ami, avec lequel sa femme l' a trompé et qu' il menace de révéler à la population l' emplacement de la chambre resté jusqu' ici secret. Le stalker quand à lui tente coûte que coûte de prouver sa bonne fois en affirmant que son but n' est pas mercantile mais que s' il propose à ceux qui le désirent de traverser la zone, c' est dans leur unique intérêt ainsi que celui de la population.

"Stalker" de AndreÎ Tarkovski est un film à part. Poème crépusculaire se déroulant dans un univers apocalyptique, il traîne ses personnages le long d' une voie parsemée de pièges construits autour de leur personnalité. La fulgurante beauté des images rappelle parfois les oeuvres expressionnistes les plus majestueuses du début du vingtième siècle. Tarkovski semble avoir digéré le cinéma de ses pairs afin de le sublimer à travers un visuel en tout point bluffant. On n' imagine pas des cinéaste tels que Lars Von Trier avoir bâtit leurs premieres oeuvres sans avoir été inspirés par "Stalker". Trier avec sa trilogie du E ( "Element of crime", "Epidemic", "Europa") semble avoir créé le prolongement visuel du film de Tarkovski. Ce dernier dépeint une société désagrégée par le nucléaire dans une cité où la vie autre que le végétal semble avoir plié bagages. Il prends son temps lorsqu' à travers ses longs travelling il nous offre la vision de peintures superbe, chaque plan semblant provenir d' un tableau vivant dans lequel nos trois personnages se perdent. Du réalisme des décors du début du film l' on plonge peu à peu dans un univers toujours aussi sordide mais revêtant une aura fantastique. Au point même de rappeler vers la fin les univers de certains peintres surréalistes tels que Salvatore Dali.ou encore Urs Amman.

Les acteurs personnifient des hommes curieux de tout mais très vite dépassés par les événements étranges auxquels ils vont devoir très vite faire face. Alexandr Kajdanovsky est impressionnant dans le rôle du stalker. Désemparé par cette situation qui lui échappe il exprime à travers son visage la peur profonde liée à l' éventuelle perte de son gagne pain qu' il affirme concevoir comme une manière d' aider son prochain plus qu' une façon de se remplir les poches. Anatoli Solonitsyn campe lui le rôle d' un écrivain en quête d' identité. C' est sans doute le personnage le plus énigmatique de cette passionnante aventure. Ce mystère fait de lui le personnage le plus insaisissable et donc le plus dangereux. Quand à Nikolaï Grinko, derrière un faciès commun et passe-partout se cache un homme dont les peu louables intentions font de lui un être fourbe et revanchard, tellement épris de vengeance qu' il n' imagine même pas les conséquences que pourraient avoir ses intentions de destruction. La musique d' Eduard Artemyev se mêle à des dialogues d' une richesse rare et envoûte celui qui choisit d' accompagner le trio d' acteurs. Une musique superbe et hypnotique dont la discrétion se fond dans des décors d' une beauté à couper le souffle. Car même dans la décrépitude, dans l' accumulation de visuels cauchemardesques, les décors de Aleksandr Bojm et Andreï Tarkovski lui-même sont un bonheur pour les yeux et participent vivement à l' élaboration d' un récit qui autrement aurait sans doute paru en demi-teinte. Tarkovski semble l' avoir compris, les images elles-mêmes sont un personnage à part entière et ce que l' on aurait pu prendre pour une mise en scène fatigué n' est en réalisé que l' offrande d' un cinéaste qui se repose sur un visuel fantastique offert aux spectateur déjà acquis à sa cause. Le septième art ne devrait compter que des films de cet acabit. Souhaitons que le cinéma américain n' ai pas la mauvaise idée d' en réaliser un remake comme ce fut le cas pour "Solaris" du même Andreï Tarkovski.

Un chef-d' oeuvre absolu qui mérite la note parfaite
# Posté le mardi 13 mai 2008 04:28
Modifié le dimanche 25 mai 2008 04:16

LA PIANISTERéalisateur : MICHAEL HANEKEAnnée : 2001Nationalité : Française, autrichienneGenre : Drame psychologiqueDurée : 2H10Acteurs Principaux : Isabelle Huppert, Benoît Magimel, Annie Girardot Note : 4/5

LA PIANISTERéalisateur :  MICHAEL HANEKEAnnée : 2001Nationalité : Française, autrichienneGenre : Drame psychologiqueDurée : 2H10Acteurs Principaux : Isabelle Huppert, Benoît Magimel, Annie Girardot Note : 4/5
Erika Kohut est une jeune femme au visage triste. Les hommes qui ont émaillé son existence semblent avoir été rares.et quand à sa sexualité, elle la trouve dans les divers peep-shows et cinémas pornos qu' elle fréquente et dans lesquels elle semble trouver un exutoire à ses penchants morbides. Car en effet, derrière le verni d' une honnête carrière de professeur de piano au conservatoire de Vienne elle cultive un goût immodéré pour les rapports masochistes, s' infligeant des sévices corporels par plaisir lorsqu' elle s' enferme dans la salle de bain de l' appartement qu' elle partage avec sa mère vieillissante. Un jour, alors qu' elle donne un concert privé à un public restreint dans un appartement bourgeois, elle fait la connaissance du jeune Walter qui semble en très peu de temps obnubilé par Erika et qui désormais va lui vouer une adoration totale allant jusqu' à participer à un examen qui lui permettra d' avoir le privilège de suivre ses cours privés de piano. Un prétexte en réalité pour se rapprocher d' elle et pouvoir lui avouer en toute discrétion ses sentiments. Enjoué et d' une politesse extrême, Walter use de nombreux subterfuges pour parvenir à ses fins et malgré ses efforts il ne trouve en face de lui que le visage froid et inexpressif d' Erika.

Un jour pourtant, et à force de volonté, Walter entrevoit l' espoir d' atteindre son but lorsque d' une voix froide et monocorde Erika lui promet de faire tout ce qu' il voudra à condition qu' il lise d' abord la lettre qu' elle vient de lui écrire. C' est enfermé dans la chambre de cette dernière que Walter se décide à ouvrir l' enveloppe et à lire son contenu. Choqué, il lit à voix haute et devant celle qu' il aime la lettre qu' elle lui a écrit et dans laquelle il découvre son penchant pour le masochisme et son désir de le voir la frapper. D' abord décontenancé, il sourit, avant de se lever et de quitter l' appartement écoeuré.
Plus tard pourtant il reviendra frapper à la porte d' Erika. Visiblement saoul et psychologiquement perturbé il se montrera envers elle particulièrement violent...


Ce sujet particulièrement sulfureux est un cadeau merveilleux offert à Isabelle Huppert par Mickael Haneke. Il lui permet de donner lieu à l' une de ses plus incroyables performances d' actrice. Elle arrive à travers son seul visage à faire passer de nombreuses émotions. Émotions qui ne se cantonnent pas uniquement au regard froid qu' elle offre à l' objectif de la caméra durant une bonne moitié du long métrage, mais qui livrent à travers de fugitifs changements d' humeur, un sourire, des larmes, tous livrés dans la douleur. Car le talent d' Isabelle Huppert est de nous faire accepter ce personnage particulièrement antipathique pour être, plus loin, touchant et émouvant. Dans un premier temps on préférera sans doute fuir cette femme aux penchants déviants et au masque froid et habité par une torpeur tout à fait glaçante. La voir se libérer dans un semblant d' épanouissement sera tout à fait émouvant. Benoit Magimel quand à lui est formidable dans son rôle de jeune homme amoureux de son professeur de musique. Il allie la spontanéité de sa jeunesse à la folie de cet amour auquel il ne résiste pas. Il ne faut surtout pas oublier l' immense Annie Girardot qui nous offre ici l' un de ses derniers rôles.
Le talent de Mickael Haneke est de nous emporter là où on ne l' attend pas. Alors qu Erika semble retrouver un semblant d' humanité, c' est à ce moment très précis que Walter s' effondre, rendu presque fou par ce jeu morbide vers lequel il se laisse glisser afin de contenter celle qu' il aime.La musique quand à elle, composée de titres classique signés Schubert, Rachmaninov ou encore Chopin participent à l' imprégnation de ce sujet fort dans nos consciences.

Il y a des films qui laissent un goût amer, un goût d' inachevé. Le film d' Haneke laisse une forte impression de solitude, de tristesse et d' incompréhension. A l' image de la dernière scène lors de laquelle Isabelle Huppert se retrouve seule. Un femme que l' on aimerait accompagner dans cet absolu abandon ressenti lorsque le générique de fin prends possession de l' image.
# Posté le dimanche 04 mai 2008 04:01
Modifié le dimanche 11 mai 2008 01:25